On parle beaucoup de l’ikigai comme d’un grand objectif de vie, presque comme d’une formule magique qui permettrait enfin d’être heureux, aligné, accompli. Cette vision est séduisante… mais elle est souvent trompeuse.
Dans la culture japonaise, l’ikigai n’est pas une promesse de bonheur permanent, ni une injonction à réussir sa vie. Il désigne quelque chose de beaucoup plus humble, plus profond, et finalement plus accessible : ce qui donne envie de se lever le matin. Ce qui soutient la vie, même quand elle est fragile.
L’ikigai n’est pas forcément spectaculaire. Il n’est pas toujours lié à un métier, à une mission grandiose ou à une réussite visible. Bien souvent, il se manifeste dans des gestes simples, répétés, presque ordinaires, mais profondément vivants.
Sortir de la quête du bonheur inaccessible
Nous vivons dans une époque où le bonheur est devenu un objectif à atteindre. Il faudrait aller bien, se sentir épanoui, positif, motivé. Et lorsque ce n’est pas le cas, un sentiment d’échec ou de décalage s’installe.
L’ikigai propose un autre regard. Il ne demande pas :
« Suis-je heureux ? »
mais plutôt :
« Qu’est-ce qui, aujourd’hui, me relie à la vie ? »
Il ne s’agit pas de supprimer la peur, la fatigue, l’anxiété ou le doute. Il s’agit de trouver ce qui permet de rester en lien avec soi et avec le vivant, même au cœur de ces états.
Une traduction simple et incarnée de l’ikigai
Dans mon propre parcours, j’ai longtemps cherché des réponses à l’extérieur : dans les responsabilités, les rôles, les attentes, parfois dans l’idée qu’il fallait “faire quelque chose de plus” pour que la vie ait du sens.
Les épreuves traversées m’ont progressivement ramené à une autre évidence : mon ikigai ne se trouvait pas dans un futur idéalisé, mais dans la manière d’habiter le présent.
Aujourd’hui, il se traduit par des choses très simples :
– prendre le temps de respirer consciemment le matin,
– marcher en silence, sans objectif, en sentant le contact du sol,
– pratiquer le yoga non pas pour performer, mais pour écouter le corps,
– être présent à mes enfants sans être dans l’urgence ou la projection,
– respecter mes limites physiques et émotionnelles,
– transmettre, parfois discrètement, une autre façon d’entrer en relation avec soi.
Rien d’extraordinaire en apparence. Et pourtant, c’est là que la vie circule à nouveau.
L’ikigai comme qualité de présence
L’ikigai, tel que je le comprends aujourd’hui, n’est pas une réponse définitive à la question « que dois-je faire de ma vie ? ». C’est plutôt une qualité de présence.
C’est sentir, à certains moments, que ce que l’on fait est juste, même si c’est modeste.
C’est éprouver une forme de cohérence intérieure, même quand tout n’est pas réglé.
C’est rester relié à quelque chose de vivant en soi, sans chercher à forcer le sens.
Pour certains, l’ikigai sera de jardiner, de cuisiner pour les autres, de transmettre un savoir, de prendre soin, de créer, ou simplement de maintenir un rythme de vie qui respecte le corps et le cœur.
Une invitation douce, pas une injonction
L’ikigai n’est pas une nouvelle norme à atteindre. Il ne demande pas d’aller mieux à tout prix. Il invite simplement à se poser une question plus douce :
« Qu’est-ce qui, aujourd’hui, soutient ma vie ? »
La réponse peut changer avec le temps. Elle peut être fragile. Elle peut être silencieuse. Et c’est très bien ainsi.
Parfois, l’ikigai n’est rien d’autre que le choix de rester présent, un jour après l’autre, avec sincérité.
Et c’est déjà beaucoup.

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